La danse-thérapie : c’est quoi ?

Pratique paramédicale émergente, la danse-thérapie est encore trop peu connue en Belgique. Les preuves scientifiques sont pourtant solides, et nous gagnerions toutes et tous à lui faire davantage de place dans nos systèmes d’accueil, de soins et de santé ! Dans cet article, je vous en dit plus sur le grand boom de la danse-thérapie : ses bienfaits, son histoire et comment je l’utilise dans ma pratique d’accompagnement pour l’émancipation des femmes à Bruxelles. 

La danse dans le processus thérapeutique: de quoi parle-t-on ?

La danse proposée dans un processus thérapeutique peut être définie comme « bouger, se mouvoir (...), mettre en oeuvre le mouvement en dehors d’une finalité instrumentale (...), mettre en forme le corps, tracer des formes motrices (...), mettre en jeu le geste selon 3 paramètres (espaces, temps, énergie), soutenir une intersubjectivité. » (Benoit Lesage) Le plus souvent, il s'agit de danses libres, de mouvements organiques déjà présents dans le corps, d’exercices qui ne visent pas une esthétique particulière mais plutôt une expressivité de soi, une impulsion du dedans, une exploration intime et spontanée.

La danse-thérapie est définie par l'American Dance Therapy Association comme “l'utilisation psychothérapeutique du mouvement en tant que processus favorisant l'intégration émotionnelle, cognitive, sociale et physique de l'individu”. Elle mène à “un plaisir fonctionnel, à l'amour de soi, à la séparation d'avec l'autre, et à la symbolisation corporelle”, selon la psychanalyste et danse-thérapeute France Schott-Billmann. La danse crée une résonance entre le monde et les corps et favorise ainsi l'intersubjectivité qui aide les individus à mieux se connaître.

En tant qu'art, la danse rend visible l'invisible. En tant que moyen d'exprimer sa créativité, elle donne forme à l'imagination, aux pensées et aux émotions. En tant que sport, elle mobilise toutes sortes de compétences : équilibre, contrôle musculaire, coordination, interaction avec des partenaires, rythme... Pour la neurobiologiste Lucy Vincent, “il n'existe presque aucune fonction physique ou mentale qui ne soit sollicitée par la danse ; sa complexité et sa richesse sont telles qu'aucune autre activité physique ne peut les égaler.”

La danse-thérapie s’expérimente généralement en groupe avec un travail relationnel. Car si le mouvement transforme, le lien guérit ! Par l’accordage, le regard, le toucher, l’interaction aux autres, le participant/patient progresse sur son chemin d’individuation. Dans notre societé emprunte d’individualisme, cette dimension est particulièrement pertinente pour améliorer notre santé mentale. 

En travaillant à la croisée des niveaux physiques, cognitifs, émotionnels, imaginaires, et relationnels, elle permet donc une restructuration psychocorporelle — processus par lequel l'individu réorganise l'unité entre son corps et son esprit à travers le mouvement. Selon des études récentes, la danse-thérapie a des effets positifs sur la régulation du stress, l'humeur, l'image corporelle et l'estime de soi, les capacités fonctionnelles, ainsi que la santé mentale. La science est là, il ne reste plus qu’à faire reconnaître cette discipline officiellement dans nos parcours de soin en Belgique !  

De rituel de guérison ancestral à thérapie psychosomatique reconnue et diversifiée 

Historiquement, la danse est utilisée comme rituel de guérison depuis … toujours ! Pas une seule civilisation, religion, ou culture humaine n’est exempte de rassemblements en rythme, en musique, en mouvement. En Occident, elle a toutefois été codifiée au fil des siècles pour devenir un art aux règles parfois rigides et peu inclusives (danse classique, conservatoires, etc). Il faudra attendre le début du XXème siècle pour que des précurseurs aux Etats-Unis telles que Isadora Duncan et Marian Chace ou en Allemagne tels que Mary Wigman ou Rudolf Laban ouvrent la voie à une autre conception de la danse: la danse libre comme expression de soi et comme outil de soin. 

La danse-thérapie regroupe une diversité d’approches issues de traditions artistiques et psychomotrices — la psychomotricité étant le domaine des sciences humaines qui s’intéresse aux interactions entre motricité, sensorialité, cognition et psychisme dans leur contexte émotionnel et relationnel. 

Parmi les figures clés, on retrouve Bonnie Bainbridge avec une approche centrée sur l’organicité du mouvement (Body-Mind-Centering); Doris Humphrey qui explore l’espace sensible; Steve Paxton, fondateur du contact improvisation; Herns Duplan avec l’expression primitive; Laura Sheleen qui propose une danse inspirée des archétypes et de la psychologie jungienne; Pina Bausch qui amène la quotidienneté du geste comme matière artistique; Rudolf Laban qui offre un cadre d’analyse du mouvement; Rose Gaetner avec sa méthode fondée sur la danse classique et l’imitation; …etc.

Ensemble — et avec d’autres non-cités— ces danseurs-chercheurs offrent des méthodes et des grilles de lecture pour comprendre le lien entre mouvement du corps et santé mentale, entre danse et thérapie. 

Bien que la danse-thérapie soit née dans des contextes institutionnels de santé mentale pour des patients souffrant de troubles psychiques, elle est aujourd'hui utilisée plus largement dans divers secteurs du soin, incluant la santé, le social, l'humanitaire, ou encore le développement personnel.

Dans ma pratique d’accompagnement des femmes à Bruxelles

Je propose des ateliers collectifs chaque semaine à Bruxelles ouverts à toutes les femmes (et d’autres spécifiques aux jeunes mamans — femmes enceinte, et en post-partum). Chaque séance suit un processus cohérent et progressif (marches, gestes guidés, chorégraphies en cercle, respirations, jeux avec objets médiateurs, etc) où le mouvement aide à développer la conscience corporelle et à stimuler notre vitalité. Les objectifs visés peuvent être multiples: toniques/physiques, cognitifs, émotionnels ou relationnels. Ils seront déterminés en fonction du public cible et de la dynamique du groupe.

Dans mes ateliers, j’utilise principalement le Laban Mouvement Analysis (Rudolf Laban), l’expression primitive (Herns Duplan), et l’art-thérapie (ajouter le dessin et l’écriture au mouvement) pour faire vivre aux femmes une expérience unifiante corps-coeur-esprit — c’est à dire un moment où mouvements physiques, émotions, et idées s’orientent dans une même intention. L’objectif est de les aider à: réduire le stress, ralentir, libérer les tensions, réguler leur système nerveux, sortir de l’isolement, reprendre confiance en elle, développer leur conscience corporelle, trouver du plaisir et de la joie, faire le lien entre émotions / mouvements, et se sentir progresser sur leur chemin d’émancipation et de bien-être.

J’interviens dans différents contextes, quartiers, avec différents formats. Bienvenue à chacune pour venir vivre une expérience transformatrice par la danse-thérapie.

Références: 

  • Lesage, Benoit. La danse dans le processus thérapeutique : fondements, outils et clinique en danse-thérapie. Toulouse : Érès, 2021.
  • Maillard, Catherine. Je danse donc j'existe : le grand boom de la danse-thérapie. Paris : Albin Michel, 2015.
  • Schott-Billmann, France. Quand la danse guérit. Paris : Le Courrier du Livre, 2023.
  • Vaysse, Jocelyne. La danse thérapie : histoire, techniques, théories. Paris : L'Harmattan, 2006.
  • Vincent, Lucy. Faites danser votre cerveau. Paris : Odile Jacob.
  • Klaperski-van der Wal, S., Skinner, J., Opacka-Juffry, J., & Pfeffer, K. « Dance and stress regulation: A multidisciplinary narrative review ». Psychology of Sport and Exercise, 78, 102823 (mai 2025). https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2025.102823. PMID : 39922294.
  • Strassel, J., Cherkin, D., Steuten, L., Sherman, K., & Vrijhoef, H. « A Systematic Review of the Evidence for the Effectiveness of Dance Therapy ». Alternative Therapies in Health and Medicine, 17, 50–59 (2012).
  • American Dance Therapy Association (ADTA). Disponible sur : https://www.adta.org/
  • University of Sydney. « Dancing may be better than other exercise for improving mental health », 12 février 2024. Disponible sur : https://www.sydney.edu.au/news-opinion/news/2024/02/12/dancing-may-be-better-than-other-exercise-for-improving-mental-h.html

Hello, je suis Flora, créatrice de She Moves

Convaincue que les changements structurels pour une société plus juste, inclusive et durable passent par des transformations individuelles, j’accompagne les femmes sur leur chemin d’émancipation par la danse et la sororité. 

S'exprimer, explorer & rayonner · S'exprimer, explorer & rayonner · S'exprimer, explorer & rayonner · S'exprimer, explorer & rayonner ·