La sororité : pertinence politique, psychologique et anthropologique pour l’émancipation des femmes

Un concept clé chez She Moves est celui de "sororité", défini comme la solidarité entre femmes. Loin d'être un simple buzz word, elle présente une pertinence à la fois politique, psychologique et anthropologique pour l'émancipation des femmes.

Substantif féminin du latin soror, "sœur", le mot sororité désignait au Moyen Âge une communauté religieuse de femmes, comme le rappelle Chloé Delaume dans Sororité. Au XVIe siècle, la sororité sort du couvent et désigne plus largement une communauté de femmes ayant une relation, des liens de qualité tels des sœurs, un rapport indéfectible de femmes à femmes. Bien qu'inscrit dans le dictionnaire depuis des siècles, c'est bien les mouvements féministes des années 1970 qui l'ont fait resurgir.

Levier politique contre le patriarcat

La sororité est un outil de puissance, une force collective, pour tenter de renverser le pouvoir patriarcal. En venant rompre l'isolement des femmes, elle transforme les combats individuels en luttes collectives. Des suffragettes aux mobilisations contre les violences sexistes et sexuelles, en passant par le mouvement #MeToo, c'est bien la solidarité entre femmes — la mise en commun de la parole, de la colère, du soutien — qui a permis les avancées les plus significatives. Une femme seule peut être réduite au silence ; des femmes solidaires deviennent un mouvement. C'est là toute la puissance politique de la sororité, qui ne se contente pas de rassembler mais recompose bel et bien les rapports de force et les schémas du vivre-ensemble.

Confiance en soi, confiance en l'autre

Si la sororité relève du politique, elle relève aussi de la psychologie. Comme le souligne Gloria Steinem, elle est une éthique de vie qui repose surtout sur une révolution intérieure : celle d'un renforcement de l'estime de soi. L'empathie et l'ouverture sont des conditions nécessaires pour entrer dans une solidarité entre femmes. Or pour être ouverte à l'autre, ne faut-il pas déjà avoir une certaine sécurité intérieure, une certaine confiance en soi ?

S'assumer et se valoriser est une condition pour entrer dans la sororité. Mais l'inverse est également vrai ! Dans une démarche bienveillante, sans jugement ni injonctions, cette solidarité entre femmes aide en retour à retrouver confiance en soi. Se sentir vue, entendue et reconnue par d'autres femmes sans jugement vient réparer une part de l'estime de soi souvent abîmée par des années d'injonctions contradictoires. Se retrouver entre femmes, dans un espace safe qui invite à réhabiter son corps et ses ressentis, aide à désapprendre le regard intériorisé du patriarcat — compétition, culture de la performance — et à vivre effectivement cette "révolution intérieure".

Cette réparation intime prend corps dans un cadre précis, celui de l'atelier — un espace que l'on peut lire, d'un point de vue anthropologique, comme un authentique rite de passage.

Art-thérapie et rites de passage : un cadre propice à l'émergence de la sororité

En entrant dans l'espace protégé et créatif de l'atelier, les participantes pénètrent dans ce que l'anthropologie appelle un espace liminal : chaque femme suspend momentanément son appartenance au monde ordinaire pour explorer librement ses émotions, ses conflits ou ses aspirations. La création devient alors un moyen de traverser un passage psychique, souvent en lien avec des transitions de vie (naissance, deuil, maladie, adolescence...). Dans ce contexte symbolique et protégé, les hiérarchies sociales — âge, statut professionnel, origine, rôles — sont mises entre parenthèses, laissant émerger une humanité partagée.

Cette humanité partagée, l'anthropologue Victor Turner la qualifie de communitas : un mode de relation sociale spontané, immédiat et concret, porté par un fort sentiment d'unité et d'égalité entre les individus. Transposé dans un contexte féminin, ce même mécanisme rituel donne naissance à une puissante sororité. Ce lien, temporaire mais intense, favorise des prises de conscience, du réconfort, un soutien psychique dans une transition personnelle — voire des moments de libération émotionnelle, et pourquoi pas de guérison intérieure.

La sororité à l'œuvre dans les ateliers She Moves

C'est précisément cette structure que l'on retrouve dans les ateliers She Moves, organisés selon les trois phases du rite de passage définies par l'anthropologue Arnold Van Gennep : la phase de séparation, qui marque l'entrée dans un espace différent (accueil, mise en condition) ; la phase liminale, qui correspond au travail créatif et symbolique, cœur de l'atelier ; et l'agrégation, qui se traduit par un temps de verbalisation et d'intégration de l'expérience lors du cercle de parole final.

De cette structure se dégage un réel esprit de sororité, source de transformations à la fois collectives et personnelles.

En conclusion

La sororité offre ainsi des clés de lecture à trois niveaux, indissociables les uns des autres : politique, en recomposant les rapports de force et en transformant l'isolement en force collective ; psychologique, en réparant l'estime de soi par la reconnaissance mutuelle ; anthropologique enfin, en réactivant à travers des rites de passage contemporains ce lien de communitas si essentiel à la cohésion humaine.

Chez She Moves, c'est cette triple dimension que nous cherchons à faire vivre à chaque atelier : la sororité n'y est jamais un concept abstrait, mais une expérience incarnée et dansée ensemble — un chemin d'émancipation à la fois politique, profondément personnel, et pleinement humain.

References:

Delaume, Chloé. Sororité. Paris : Éditions Points, 2021.

Steinem, Gloria. Une révolution intérieure. Paris : Harpercollins Poche, 2025.

Turner, Victor. The Ritual Process: Structure and Anti-Structure. Chicago : Aldine Publishing, 1969.

Van Gennep, Arnold. The Rites of Passage. Traduit par Monika B. Vizedom et Gabrielle L. Caffee. Chicago : University of Chicago Press, 1960 (rééd. 2019, avec une nouvelle introduction de David I. Kertzer).

Hello, je suis Flora, créatrice de She Moves

Convaincue que les changements structurels pour une société plus juste, inclusive et durable passent par des transformations individuelles, j’accompagne les femmes sur leur chemin d’émancipation par la danse et la sororité. 

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